2020

Le Maitre d'Armes

Alexandre Dumas, 1840

"- Louise, vous êtes libre de sortir; les cinq minutes sont écoulées; mais vous êtes mon dernier espoir, le seul bien qui m'attache à la vie; comme une fois sortie d'ici vous n'y rentrerez jamais, je vous donne ma parole d'honneur, foi de comte, que la porte de la rue ne sera pas fermée derrière vous que je me serai brûlé la cervelle. 

- Oh ! vous êtes fou !

- Non, je suis ennuyé."


Lévy-Strauss

Emmanuelle Loyer, 2015

"Aucune prise de contact avec les Indiens sauvages ne ma plus intimidé que cette matinée passée avec une vieille dame entourée de chandails qui se comparait à un hareng pourri au sein d'un bloc de glace : intacte en apparence, mais menacée de se désagréger dès que l'enveloppe protectrice fondrait . " La folie apparaît comme un ailleurs de la philosophie, jaugé à un autre dehors : l'exotisme ; l'exotisme mental face à l'altérité de civilisation."

"Il l'a souvent dit : la connaissance ne sert à rien et doit être un but en soi : " Chercher à comprendre, c'est le seul moyen de moins s'ennuyer dans l'existence. C'est la meilleure, peut-être notre seule justification.""

En attendant le jour

Michael Connelly, 2019

"Ils scellèrent leur accord avec une poignée de main et partirent chacun de leur côté."

L'épopée Sibérienne

Eric Hoesli, 2018

"L'exil forcé en Sibérie n'est pas une nouveauté dans l'arsenal répressif de l'histoire russe. Selon les annales, la première déportée aurait été une cloche arrachée au campanile d'une église de la petite ville de Ouglitch, en Russie centrale, en 1591. Pour avoir sonné et prévenu ainsi les habitants de la ville que l'héritier légitime du trône, le tsarévitch Dimitri qui y était emprisonné, venait d'être assassiné par les hommes du tsar Boris Godounov, la cloche fut condamnée à la même peine que les sympathisants du jeune prince : on lui coupa la langue, c'est-à-dire qu'on lui retira son battant, et on la déporta au-delà de l'Oural, jusque dans Tobolsk qu'on commençait alors à édifier sur les terres nouvellement conquises. Pour y être oubliée, et avec interdiction à tout jamais de sonner à nouveau."

La Glass House de Sergueï Eisenstein

Antonio Somaini, 2017

"L'expérimentation qui se solde par un échec catastrophique est l'expérimentation politique de la vie dans l'architecture de verre. Dans Glass House, cette vie dans la transparence, au moment où la transparence devient visible, n'est pas une vie vouée à la contemplation du spectacle cosmique qui entoure la maison (Scheerbart, Taut), ni une vie caractérisée par la glorification de la mobilité et de la légèreté(Khlebnikov), ni encore une vie où la transparence est symbole d'une harmonie dans les relations sociales. La visibilité de tout et de tous déclenche en Glass House l'égoïsme et la haine, et cette expérience se termine avec la catastrophe finale."


Errances

Olivier Remaud, 2019

"Hormis l'impératrice, les professeurs n'avaient aucun supérieur hiérarchique. Ils étaient maîtres en leur domaine et ne voulaient dépendre de personne. Ils n'ignoraient ni leur statut ni leurs privilèges. Ils n'en étaient pas moins fragiles. Dans leurs pérégrinations, les insectes que Gmelin nommait les « cousins » leur piquaient la peau avec d'autant plus d'insistance qu'ils s'arrêtaient souvent afin de reporter des observations sur des cahiers. Ils devaient s'armer de façon conséquente pour se défendre de l'attaque des robustes moustiques. Le botaniste avait dû modifier ses méthodes de travail. Il enroulait autour de sa tête un épais tissu criblé de trous et écrivait avec des gants de femme auxquels il ajoutait des gants d'homme. Il chaussait des bottines en cuir. Elles étaient si rigides que, le soir, il soulageait ses ampoules dans un grand bassin de vinaigre. L'essentiel était d'épaissir la couche protectrice. De loin, son harnachement boursouflé le faisait ressembler à une créature venue d'un autre monde."

Delirium

Philippe Druillet, 2013

“Gustave Doré, Gustave Moreau, Gustave Flaubert. Mes maîtres. Quand j'y pense, je dois être attiré par ce prénom. Après La Nuit et Chaos. je voulais arrêter la bande dessinée. C'est Philippe Koechlin, de Rock & Folk, qui a insisté. Il voulait que je lise Salammbô de Flaubert. Il était persuadé que c'était pour moi. Je l'aime bien Philippe, mais là, je l'envoie bouler. Le pire, c'est qu'il revient à la charge. A cette époque, on se voit toutes les semaines, et il remet ça à chaque fois. Il commence à me faire chier avec son Gustave. Au bout d'un an, à l'usure, je craque. Je m'arrête chez Tschann, libraire à Montparnasse. J'achète Salammbô dans une édition au format de poche et commence à lire les premières lignes : « C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar. » J'ai un vertige. Je suis emporté."

🤣

Frédéric Beigbeder, 2020

"L'humour, le vrai, n'améliore pas le monde, il le rend brièvement supportable, le temps d'un hoquet. Desproges n'essayait jamais de plaire, ni de sauver la France.

Dans la démocratie de divertissement, un président de la République est moins important qu'un bouffon car il doit supporter la caricature quotidienne, alors que le bouffon est incritiquable ; celui-ci est donc un tyran."


Le Consentement

Vanessa Springora, 2020

“Je tente immédiatement de refouler cette idée. Mais le venin est entré, et il commence à se répandre."

2019

Le coeur de l'Angleterre

Jonathan Coe, 2019

“Il monta le volume et appuya sur play, bientôt, la voix hantée et sonore de Shirley Collins s’élevait dans la nuit; elle chantait la ballade que Benjamin n’avait jamais osé réécouter depuis l’enterrement de sa mère.

Adieu vieille Angleterre, adieu

Adieu richesse sonnante et trébuchante

Si le monde s’était arrêté dans ma jeunesse

Je n’aurais jamais connu ces tristesses.


Il avala une dernière gorgée de vin mais il savait qu’il avait beaucoup trop bu pour la soirée et qu’il était temps de dessoûler.”

Un voyage / Marseille-Rio 1941

Germaine Krull, Jacques Rémy, Olivier Assayas, Adrien Bosc

” N’oubliez pas encore une chose. Le forçat est un gars de fantaisie. Il a aimé la vie, les femmes, le vin, l’argent et l’aventure. Trop probablement. Un reste de brigandage, de goût pour la violence, reflet des instincts humains les plus profonds sommeille au fond de sa nature. Et voici ce même homme condamné à la plus dure des tortures: l’inaction. Il aura désormais pour la vie, vous m’entendez bien, pour la vie, Saint-Laurent, ses trois pelouses, ses cases, ses éternelles fleurs et sa menaçante prison pour éternel paysage. C’est plus tragique que tout le tragique et tout est enfermé dans ces deux mots terribles : toujours et jamais. ” (J.Rémy)

Laissez bronzer les cadavres !

Jean-Patrick Manchette, Jean-Pierre Bastid, 1971

La balle de 22 fit un petit trou dans la toile. La détonation ne fut guère plus impressionnante que le claquement d’un fouet. Une corneille protesta dans la vallée. Luce éclata d’un petit rire rouillé, assez analogue au cri de la corneille.”

Fondation

Isaac Asimov, 1951

“En l’an 12 065, Trantor est la capitale de la Galaxie, un empire qui règne sur 25 millions de planètes habitées. Pourtant sa déchéance est inéluctable. Grâce à la ” psychohistoire “, une nouvelle science, le savant Hari Seldon a calculé que l’empire n’avait plus que cinq siècles à vivre. Exilé sur une lointaine planète, il va s’efforcer de réduire à mille ans les trente mille ans de barbarie qui doivent suivre la chute de Trantor.”

Les trente “Empereurs” qui ont fait la Chine

Bernard Brizay, 2018

“Les chapitres du Livre de la voie et de la vertu, le Laozi, ressemblent à de courts poèmes en prose, une « superbe prose classique […] qui jaillit comme le souffle de l’univers entre le Ciel et la Terre », écrit joliment Claude Larre. « Poétique toujours, énigmatique parfois, ce n’est pas un texte d’abord facile », avoue encore Cyrille Javary. Lequel ne manque pas de citer Henri Michaux : “Rien n’approche du style de Laozi. Laozi vous lance un gros caillou. Puis il s’en va. Après, il vous jette encore un gros caillou, puis il repart; tous ces cailloux, quoique très durs, sont des fruits, mais naturellement le vieux bourru ne va pas les peler pour vous.””

Tokyo Vice

Jake Adelstein, 2009

Parfois, dans la montagne, les animaux finissent par dessiner un sentier à force d’emprunter toujours le même chemin. Si tu ne le sais pas, tu es tenté de croire qu’il a été tracé par des hommes parce que ça en a l’air. Si tu suis ce chemin, le sentier des bêtes, tu n’aboutiras nulle part. Les gens se perdent dans la nature, ils s’enfoncent de plus en plus et finissent complètement perdus. Parfois ils ne peuvent plus faire demi-tour et ils meurent. Cette voie n’est pas faite pour les hommes, c’est un détour mortel. Es-tu sûr de vouloir t’y aventurer ? Car cela ne te mènera pas là où tu veux aller.”

Passer, quoi qu’il en coûte

Georges Didi-Hubermann, Niki Giannari, 2017

Mieux vaut entendre la leçon de “ceux qui savent encore être en mouvement “.”


L’homme au boulet rouge

Jean-Patrick Manchette, Barth Jules Sussman, 1972

Le Vaseux est à plat ventre. Son visage est luisant de sueur. Ses mains tremblent. Il regarde le soleil qui baisse sur l’horizon. Combien de minutes, encore, avant le crépuscule ? Dix, vingt… Davantage peut-être. Mètre par mètre, les gardes se rapprochent.

T.C. Banchee ne bouge toujours pas.”

Tristes tropiques

Claude Lévi-Strauss, 1955

“Est-ce alors que j’ai, pour la première fois, compris ce qu’en d’autres régions du monde, d’aussi démoralisantes circonstances m’ont définitivement enseigné? Voyages, coffrets magiques aux promesses rêveuses, vous ne livrerez plus vos trésors intacts. Une civilisation proliférante et surexcitée trouble à jamais le silence des mers. Les parfums des tropiques et la fraîcheur des êtres sont viciés par une fermentation aux relents suspects, qui mortifie nos désirs et nous voue à cueillir des souvenirs à demi corrompus.”

La vie solide

Arthur Lochmann, 2019

“Il y a également un bénéfice psychique à cette confrontation au réel et à la matière. Quand on a des tendances narcissiques, ce qui est une chose commune à notre époque, la relation à la matière et aux objets matériels constitue un bon antidote à ce « fantasme de maitrise qui imprègne la culture moderne’ », en imposant une véritable compréhension de l’autonomie des objets. Car, s’il y a une satisfaction qui relève de l’orgueil à contempler son ouvrage, ce n’est pas une fierté de soi mais de son travail, c’est-à-dire de quelque chose qui est hors de soi. Réaliser un tel ouvrage qui répond à des critères de qualité objectifs, cela permet de sortir de soi, de s’oublier derrière son ouvrage. Cette extériorité offre un rapport plus objectif aux défauts, aux imperfections. Les critiques du résultat sont moins perçues comme des attaques directes que comme des incitations a la correction des erreurs.”

La suplication

Svetlana Alexievitch, 1997

“Les bus roulaient. Le ciel était d’azur. Où allions-nous ?”

Où atterrir ?

Bruno Latour, 2017

Sil ne faut pas chercher la clef de la situation actuelle dans un manque d’intelligence, il faut la chercher dans la forme des territoires auxquels cette intelligence s’applique. Or c’est justement là que le bât blesse : il y a maintenant plusieurs territoires, incompatibles les uns avec les autres.”

Nos cabanes

Marielle Macé, 2019

“La terre n’est pas muette donc. Mais comment entendre ses idées ?”

Les enfants de Staline

Masha Cerovic, 2018

“Chaque brigade structure ainsi son territoire, organisé autour de la forteresse du camp de forêt. Son emplacement est soigneusement choisi pour tirer au mieux profit du terrain, de telle sorte que le camp soit camouflé et protégé, mais aussi facile à évacuer dans l’urgence, en un endroit sec et légèrement surélevé pour protéger des inondations, mais à proximité d’une source d’eau potable. Il peut être adossé à une rivière, ou installé sur une île dans les marécages, dans un massif forestier dense; les partisans s’efforcent de ne laisser qu’une seule voie d’accès, camouflée, par exemple à travers les marécages. L’été, les camps sont faits de salaši, huttes provisoires construites avec des branchages et de l’écorce de sapin ou de bouleau, qui protègent peu du vent et de la pluie, à moins d’être recouvertes par une toile de parachute par exemple. Les zemljanki* sont utilisées surtout en hiver. Il s’agit d’abris semi-enterrés qui accueillent en général entre 10 et 30 hommes. Une fosse de un à deux mètres de profondeur est creusée à l’abri des arbres avant que la terre gèle, camouflée par des feuilles et des branchages, au point d’être pratiquement invisible à qui en ignore l’existence.”

Les dévorantes

Marinca Villanova, 2019

“Louis et Emma attribuent à cette chute de nombreuses séquelles qui les aident à accepter le caractère d’Angèle. Ils la disent lunatique, incompréhensible, incohérente, c’est à cause de sa chute sur la tête. Elle s’acharne à faire tout mal, la chute aussi. Elle est limitée dans les apprentissages, la chute toujours. Cette enfant n’est pas comme eux. Ils essaient de lui inculquer leurs valeurs, de l’intéresser à l’art, à la musique, de lui lire des histoires, mais elle refuse, ce n’est pas ce qu’elle veut.”

L’art français de la guerre

Alexis Jenni, 2011

“Depuis toujours notre Etat ne discute pas. Il ordonne, dirige, et s’occupe de tout. Jamais il ne discute. Et le peuple jamais ne veut discuter. L’Etat est violent; l’Etat est généreux; chacun peut profiter de ses largesses, mais il ne discute pas. Le peuple non plus. La barricade défend les intérêts du peuple, et la police militarisée s’entraîne à prendre la barricade. Personne ne veut écouter; nous voulons en découdre. Se mettre d’accord serait céder. Comprendre l’autre reviendrait à accepter ses paroles à lui en notre bouche, ce serait avoir la bouche toute remplie de la puissance de l’autre, et se taire pendant que lui parle. C’est humiliant, cela répugne. Il faut que l’autre se taise; qu’il plie; il faut le renverser, le réduire à quia, trancher sa gorge parlante, le reléguer au bagne dans la forêt étouffante, dans les iles où personne ne l’entendra crier, sauf les oiseaux ou les rats fruitiers. Seul l’affrontement est noble, et le renversement de l’adversaire; et son silence, enfin.”


Les phobies ou l'impossible séparation

Irène Diamantis, 2003

“J’ai peu évoqué dans ce livre les phobies d’impulsion
pour lesquelles depuis on m’a souvent consultée. Ces phobies - la crainte
irrésistible de se jeter par la fenêtre ou de prendre un couteau et de
déchiqueter quelqu’un sont vécues comme honteuses pour le sujet qui, le plus
souvent, les tient secrètes, se croyant anormal. Cette frayeur extrêmement
douloureuse à vivre, que je nomme « hémorragie de l’imaginaire », n’entraîne
jamais de passage à l’acte: seule l’anticipation par la pensée et la
supposition que cela pourrait arriver est terrifiante.”

Sérotonine

Michel Houellebecq, 2019

“C’est un petit comprimé blanc, ovale, sécable.”

La Grande Arche

Laurence Cossé, 2016

"Votre père a gagné le concours international Tête-Défense, explique Robert Lion. L'adolescent ne sait rien du concours, il ignorait que son père était concurrent. J'appelle du palais de l'Elysée, dit Lion, de la part du président de la République française. Cette fois, j'ai compris, dit Spreckelsen junior, c'est une blague. Lion a le plus grand mal à le persuader du contraire. Ce qu'il y a, dit l'adolescent, c'est que mon père n'est pas la; et je ne sais pas du tout ou il est. Monsieur et madame von Spreckelsen sont à la pêche. Ils ont pris quelques jours de vacances au bord de la mer, dans le Jutland, croit savoir le garçon, mais ils n'ont pas dit où. Les quatre enfants sont à la maison, à Hørsholm. Enfin, dit Lion, on doit pouvoir appeler votre père au téléphone. Il faudrait qu'on sache ou il est, dit l'adolescent. Ce n'est pas grave, vous savez, ma mère et lui reviennent après-demain."

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